
Je vois le mec sortir du bar. Quatre jours que je le suis. Je fourre la main dans ma poche, histoire de vérifier que tout y est : flingue et silencieux. Il se presse. Je sors de la ruelle, j'avance à dix mètres derrière lui. J'accélère. Il se retourne, il a dû m'entendre. Alors je lève le bras. Une détonation, une autre, puis plus rien. Je traîne son corps dans les fourrés, pour pas qu'on le remarque tout de suite, puis je ramasse son porte-feuille et je me casse.
Arrivé chez moi, je prends une bonne douche et je me sors une bière. Je finis par me demander si tout ce que je fais en vaut bien la peine. Je chasse cette pensée. Bien sûr que ça en vaut la peine. Quand je pense à la vie que j'avais quand j'étais avocat. Mais il y a deux mois, j'ai gagné un procès contre un gars, Fredo Mancini. Un gros bonnet. Alors deux semaines plus tard, ma baraque n'était plus qu'un tas de pierres et de poussière encore fumant. Explosion due à une fuite de gaz, ont dit les experts, après avoir retrouvé ce qui restait de ma femme. Mon cul. Quand une semaine plus tard, j'ai revu l'homme qui aurait pu être mon client, il m'a dit « Et comment va votre femme ? Vous voyez, on ne gagne pas toujours...» avec un sourire de dingue. « Fuite de gaz ». J'aimerai savoir combien ils ont touché pour arriver à cette conclusion.
Je me suis retiré du milieu judiciaire. C'est fini le « maître Leroy Rourke ». Je finis par m'apercevoir que je suis devenu le même genre de racaille que ceux contre qui je me bats parfois. Maintenant je remonte le cartel. Aujourd'hui j'ai tué le fils de Mancelini. Quand on découvrira son corps, « papa » va être furax. Tant mieux. Grâce à mon ex-boulot je connais les preuves dont on peut se servir pour inculper un gars, donc j'évite d'en semer de partout.
Mais comme tous les tueurs en série, on commet toujours une erreur. Une erreur qui nous est fatale un jour.
Je commence à fatiguer. Si je veux être en forme pour le programme de la semaine, je ferai mieux d'éviter les nuits blanches.
